Haïti, la Perle des Antilles, fut jadis un pays-joyau qui attirait les étrangers, venus assouvir leur soif de découverte sur ses 27 750 kilomètres carrés de faune et de flore florissantes, vaste nid hospitalier de tous les êtres vivants. Terre de lumière et de promesses, elle offrait au monde le visage d’une nature généreuse et d’un peuple fier.
Aujourd’hui pourtant, ce même espace est devenu l’un des lieux les plus redoutés, meurtri par des turbulences politiques qui s’intensifient de jour en jour. La peur a remplacé l’émerveillement, le silence des armes a étouffé le chant des oiseaux, et l’espoir, tel une braise fragile, lutte encore pour ne pas s’éteindre sous les cendres de l’instabilité.
Il est évident que nous avons aussi contribué à cet état de fait, à cette démesure sociale, politique et économique, par nos inactions et nos silences complices. Pendant que nous détournions le regard, un pays qui se donne encore l’illusion d’un Eldorado ou se rêve en pointe de l’épée plongeait, depuis longtemps, ses mains dans les profondeurs de nos ressources, bien qu’il ne soit qu’à environ mille kilomètres de nos frontières. Un pays que nous avons aidé avec l’âme fière, le front haut et la tête altière. Un pays qui aurait dû nous venir en secours ou, à défaut, nous rendre la monnaie de notre pièce, planifiait, exécutait, puis se réjouit aujourd’hui du fruit amer de son œuvre, main dans la main avec des consciences sans âme, empreintes d’une dialectique des armes. Un pays qui allie l’indifférence à la ruse au service de la destruction et au naufrage d’un peuple qu’il observe de loin.
Nous sommes le 7 février 2026. Cette date porte en elle une double signification lourde de sens.
D’abord, le 7 février 1986 marque la chute de la dictature des Duvalier, mettant fin à vingt-neuf années de régime autoritaire. Devenue date fétiche, elle est aussi consacrée par la Constitution comme moment de prestation de serment des présidents, symbole d’alternance, d’espoir démocratique et de transfert du pouvoir. Pourtant, à la lumière de la réalité politique actuelle, force est de constater que cette démocratie tant proclamée s’est souvent réduite à une démocratie cosmétique, voire bananière, vidée de sa substance et incapable de répondre aux aspirations profondes du peuple.
Ensuite, du 7 février 1986 au 7 février 2026, quarante (40) années se sont écoulées: quarante années de souffrance, de misère, d’instabilité politique chronique, d’insécurité grandissante, de fragilité institutionnelle, de transitions interminables et de promesses sans lendemain. Quarante ans à tourner en rond, comme un peuple condamné à marcher sans cesse sans jamais atteindre la Terre promise.
Pourtant, l’histoire nous enseigne que quarante ans peuvent être une traversée, non une condamnation. Le désert n’est pas une fin en soi. Reste à savoir si, cette fois, nous aurons le courage collectif de rompre avec les illusions, d’assumer nos responsabilités et de transformer cette date symbolique non en un rituel de plus, mais en un véritable point de départ.
Si pour Israël, l’entrée de la Terre promise était possible grâce à Josué après l’échec de Moïse. Qui prendra aujourd’hui la reine du pouvoir en Haïti pour guider le peuple haïtien vers un gouvernement capable de transformer les transitions en stabilité durable, la misère en prospérité, et le désespoir en espoir vivant ? Qui aura le courage de dresser les fondations d’une nation où chaque citoyen retrouve sa dignité, où les talents ne fuient plus, et où la lumière de la justice éclaire enfin tous les recoins de notre pays ? Il est temps que ce leadership émerge, non pas comme un geste solitaire, mais comme l’expression d’une volonté collective prête à écrire enfin une nouvelle page de l’histoire haïtienne, digne de son passé glorieux et de ses promesses encore vivantes.
*Jacques ANILUS*
*7 février 2025*

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