HAITI 1981, LA DEBACLE
Étude de la relation entre la crise structurelle et l’exode rural en Haïti après 1981.
Nouvelle édition
New York, USA
Aout 2025
CONCLUSION
Nous venons de voir essentiellement dans cette étude que depuis 1981 l’Haïti d’avant n’existe plus. C’est-à-dire, le système socioéconomique et politique qui était constitué depuis l’indépendance en 1804 autour de la monoculture du café a basculé, s’est effondré quand un peu partout au pays les paysans ont incendié les caféières.
Malgré la tendance au développement d’autres secteurs dans l’économie nationale depuis les années 1940 comme : le tourisme surtout à Port-au-Prince, la riziculture dans l’Artibonite avec le président Dumarsais Estimé, la sous-traitance avec Jean-Claude Duvalier (1971) et d’autres industries nationales ou locales : FAMOSA, Allumette dans l’Artibonite, Cimenterie, aciérie et les entreprises étatiques (EDH, TELECO, Minoterie d’Haïti etc.) cela n’a pas permis à l’Etat, au pays de faire face aux conséquences catastrophiques que la mise à feu des caféières a entraîné. Il semble évident que ces pans de l’économie n’ont pas été suffisamment intégré et consolidé pour donner à l’Etat et à l’économie une alternative équivalente au café, car au fil des ans, la crise comme une avalanche (Lavalas), les a tous emportés et conduits au gouffre.
Dans une évaluation partielle des bouleversements, ou mutations constatées dans le comportement des trois grandes catégories socioéconomique et politique qui ont été considérées dans l’étude, à savoir : les paysans, les commerçants (exportateurs) et l’Etat avant et après 1981 on peut noter :
Les paysans avant 1981, protégeaient les arbres qui ombrageaient les caféières, aimaient leur terre, restaient majoritairement à la campagne, vivaient dans une solidarité communautaire relative, participaient rarement dans la vie politique active, avaient une certaine auto-suffisance et ne comptaient pas sur l’aide étatique ou d’une entité tierce (ONG, Organisation Internationale) pour survivre…
A partir de 1981 avec la chute des prix du café sur le marché international et local, qu’ils n’ont pas compris réellement les raisons qui l’expliquaient, leur fait réagir d’une façon complètement inattendue, ils ont :
Brulé les caféières, coupé les arbres qui les protégeaient pour en faire du charbon de bois et pour utiliser l’espace pour cultiver les produits comme le maïs, le petit mil, le pois, le piment etc. Cela a entraîné rapidement des conséquences catastrophiques sur l’environnement du pays : érosion du sol et désertification progressive des zones montagneuses, avalanche d’eau et de boue vers les plaines et les villes au contrebas des montagnes à chaque pluie.
La vie devient alors si difficile dans les montagnes affectées, qu’ils n’ont eu d’autres choix que de quitter leur terre, leur communauté et commencent à migrer d’abord à l’étranger et ensuite vers les villes. L’ampleur du problème a conduit à l’exode rural et devient tel que la banque mondiale estime en 2024 la population rurale d’Haïti qu’à 39.53%, alors qu’elle représentait environ 80% à 70% dans les années 1980.
Ils développent les bidonvilles par leur présence et s’impliquent massivement et activement dans la vie politique.
Sans emploi stable pour la plupart des paysans migrés vers les villes, ils pressurent de plus en plus fortement les instances publiques (MAST, CAS, FAES…) et internationale (ONG, Organisation Internationale) à leur venir en aide
La précarité et la vulnérabilité de leur situation les ont rendus disponible à devenir hommes de main, les bras armés de certains hommes d’affaires qui veulent développer des monopoles et des politiciens qui veulent s’emparer du pouvoir. Certains jeunes s’enrôlent aux gangs armés et fait augmenter l’insécurité et la violence dans la zone métropolitaine de la Capitale, Port-au-Prince. Ce qui a comme miner l’environnement économique et social du pays rendant quasi impossible le maintient les industries que nous avions mentionnées plus haut, comme le tourisme, voir une reprise raisonnable de ces derniers
Les commerçants installés près des ports avant 1981 exportaient plus qu’importaient, semblaient plus enclins à payer les taxes étatiques et restaient majoritairement en dehors de la politique, de la pègre, de la vente d’armes et de la drogue etc.
A partir de 1981, n’ayant plus de café à exporter, c’est la crise pour eux. Il leurs fallait trouver une alternative aux activités antérieures pour ne pas sombrer dans la faillite. Ainsi adoptent-ils des lignes de comportements complètement à l’opposer qu’avant :
Ils se transforment en importateur intégrale. Important tout ce qui est possible et imaginable, même des produits rentrant directement en compétions à ceux du pays, du moment qu’ils peuvent réaliser un profit dessus. Détruisant du même coup la production nationale. Donc, fragilisant des secteurs économiques en entier, faisant augmenter ainsi le taux de chômage.
Ils veulent importer de plus en plus de produits étrangers, tout en refusant catégoriquement de payer les taxes y relatives. Pour ce faire, ils commencent à corrompre les employés concernés, à mettre leurs hommes dans les postes clés dans les ports, à la frontière, à la DGI, le Ministère du commerce, au poste de premier ministre, sénateurs et députés, même à avoir leur Président de la République. Ils cherchent même à contrôler des politiciens et intellectuels qui émergent et qui ont une certaine potentialité.
Les plus violents cherchent à développer des monopoles sur certains produits, comme : le riz, les matériaux de construction (ciment, tôle, le bois, les clous, etc.) et sont prêts à éliminer les concurrents. Pour cela, ces commerçants créent leurs propres gangs armés et pactisent directement avec la pègre qu’ils intègrent, et deviennent active dans l’économie souterraine : le deal des drogues, des armes et le blanchiment d’argent, etc.
Ils s’intéressent de moins en moins à une reprise de la production nationale, au développement industriel et ne font quasiment aucun investissement dans ces secteurs.
L’Etat Haïtien avant 1981 avait comme une planche de salut avec le revenu qu’il réalisait à partir des taxes imposées sur l’exportation du café qui lui permettait de répondre même difficilement, dans les derniers moments, à ses obligations sans se sentir obliger d’aller faire la quête auprès d’autre pays.
Après 1981 jusqu’à date il va être complètement différent. En effet, comme si la planche de salut était retirée subitement en dessous de Lui quand les caféières ont été incendiées, c’est la noyade. Pour l’éviter et rester en vie, L’Etat haïtien au lieu de chercher à mieux intégrer et consolider les autres pans de l’économie pour compenser les pertes de revenus sur le café, a préféré :
Se tourné vers l’internationale en particulier les Etats-Unis, le Canada, la France, etc. ; les instances internationales : Banque Mondiale, FMI, BID pour obtenir de l’aide financière pour faire face a ses obligations. Et comme cette période a coïncidé à la monté du néolibéralisme dans le monde et les programmes d’ajustement structurel : réduction des tarifs douaniers, privatisation des entreprises publiques, désengagement de l’Etat dans l’économie et le social etc. cela a fini par Le mettre à genoux et à perdre de plus en plus sa légitimité auprès de la population.
Il perdra de plus en plus son indépendance par rapport aux pays étrangers, devient donc plus dépendant d’eux.
Les injonctions imposées à l’Etat pour avoir accès à l’aide ont fini au fil des ans par détruire toutes ses capacités propres. Il est obligé de passer par des firmes privées pour la moindre réalisation, comme construire une école, un Hôpital, un bâtiment public, un tronçon de route, une place publique, des canaux d’irrigation, voir des logements sociaux si essentiels, vitaux pour la masse des gens qui croupissent dans les nombreux bidonvilles du pays.
Il ne peut développer aucun projet social sans l’aide internationale et devra le faire surtout par l’entremise d’ONG et d’Organisations Internationales, ce qui encourage une autre forme de corruption dans la société.
L’Etat devient léthargique ne peut même plus contrôler, superviser ce qui se passe dans l’appareil Etatique, les voles qui s’effectuent du haut jusqu’en bas dans l’administration publique. Le gouvernement devient le lieu par excellence de corruption, d’enrichissement frauduleux et rapide des politiciens véreux, venant de toutes les chapelles politiques et de tous les secteurs du pays.
Comme nous venons de le constater, se sont tous les secteurs, les piliers de la nation : les paysans, les commerçants et les dirigeants politiques à la tête de l’Etat qui ont concouru à l’effondrement, la descente aux enfers du pays à la suite d’un évènement unique : l’incendie des caféières. Ils ont fait les pires choix possibles et imaginables.
Etant donné qu’ils ont tous contribué à détruire le pays, pour le reconstruire, d’abord, ils seront tous responsables, chacun à son niveau pour s’engager à le faire. Pour cela, il faudrait une grande alliance, de tous les secteurs, pour le redressement du pays : Intellectuels (pour approfondir les recherches sur ce qui s’est passé autour de 1981 dans les détails), les partis politiques, le patronat haïtien, la paysannerie, les associations socio-professionnelles, les églises, les jeunes, les femmes, etc. dans un grand mouvement socioéconomique et politique.
Jhonny ESTOR, Sociologue, Auteur
Disponible sur Amazon: https://a.co/d/013HyOpc

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire