À la fin du mandat de Paul Eugène Magloire, Haïti était un pays politiquement fragile, marqué par l’échec des gouvernements successifs à instaurer la stabilité et à répondre aux besoins fondamentaux de la population. Cette fragilité institutionnelle a favorisé l’arrivée du régime Duvaliériste.
Malheureusement, ce régime dictatorial n’a nullement amélioré les conditions matérielles d’existence du peuple haïtien. Au contraire, Il est devenu l’instrument répressif permettant de conserver le pouvoir, de père en fils, pendant trente années.
La première conséquence de cet outil machiavélique fut la fuite des cerveaux, amorcée dès 1957 sous François « Papa Doc » Duvalier et poursuivie de 1971 à 1986 sous Jean-Claude « Baby Doc » Duvalier. Elle a été provoqué par la peur, l’insécurité et la persécution politique des intellectuels, des scientifiques et techniciens ayant un esprit critique par rapport au régime.
La répression constituait alors l’expression la plus visible du régime, notamment avec la création des Tontons Macoutes, milice privée du pouvoir. Cette fuite a occasionné le développement des communautés haïtiennes communément appelées diaspora.
Elle s’est principalement installée dans :
1. Les États-Unis, notamment à Miami, New York et Boston, où se sont établis de nombreux médecins, ingénieurs et universitaires.
2. Le Canada, particulièrement au Québec, avec Montréal et Québec comme principales destinations des francophones.
3. La France, destination traditionnelle des élites francophones haïtiennes, notamment Paris.
4. L’Amérique latine et la Caraïbe, où certains intellectuels se sont réfugiés en République dominicaine, au Venezuela ou à Cuba.
Cette perte massive de talents dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’administration et de la recherche…a été un déficit durable en terme de disponibilité des ressources humaines qualifiées et expérimentées. Depuis lors, la diaspora haïtienne est devenue non seulement un moteur économique et culturel à l’étranger, mais aussi le symptôme d’un pays dont la survie dépend largement de l’extérieur.
Malgré ces constats irréfutables, une tendance arrogante persiste à faire croire que le régime des Duvalier aurait constitué une aubaine pour Haïti. Certains investissent d’importantes ressources afin d’activer une machine politique de propagande subtile visant à faire accepter cette idée. À titre d’illustration, avant la fin de son mandat, Michel Martelly a tout mis en œuvre pour rapatrier Jean-Claude Duvalier, décédé le 4 octobre 2014, soit trois ans et demi après son investiture, le 14 mai 2012.
Cette tendance malhonnête trouve un terrain favorable dans l’échec de la prétendue transition démocratique, qui jusqu’à présent n’a pas su réorganiser le pays autour d’une politique sociale, économique et culturelle inscrite dans une vision globale de développement au service des citoyens.
Des débats de toutes natures, issus de tous les secteurs et de toutes tendances, s’articulent aujourd’hui, au vu et au su de tous, autour d’un éventuel retour des pratiques dictatoriales associées au régime de Duvalier. Des citoyens les plus obscurs aux plus remarquables, le discours prend parfois des formes pour le moins étonnantes.
Cet état de fait nous interpelle et nous pousse à poser certaines questions fondamentales :
a) Pourquoi les gouvernements qui ont succédé à celui de Léon Dumarsais Estimé, y compris ceux issus de la transition démocratique, ne sont-ils pas parvenus à marcher sur les pas de ce visionnaire historique ?
b) Qui est à l’origine de ce déficit de citoyens intègres, patriotiques, honnêtes, loyaux et compétents, capables d’assurer une véritable relève générationnelle ?
c) Est-il nécessaire de choisir entre les borgnes et les aveugles lorsque l’obscurité les enveloppe tous ?
En soulevant ces questions, je n’ai nullement la prétention d’engager un débat stérile opposant un éventuel retour du duvaliérisme à la démocratisation d’Haïti. Je me limite à exposer des faits qui, selon moi, appellent des corrections définitives afin que notre pays ne soit plus jamais confronté à de tels errements.
Jacques ANILUS
8 février 2026

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire