dimanche 6 septembre 2020

CHANGEONS L’HAITIEN DE DEMAIN EN NOUS SERVANT DES COMPORTEMENTS ET PRATIQUES DES DIRIGEANTS PASSES ET ACTUELS

Contexte

Changer de mentalité

Il Faut changer de mentalité ! C’est la phrase, non moins
importante, qui revient dans la bouche de beaucoup d’haïtiens ces derniers
temps à chaque fois qu’une catastrophe frappe le pays. Après les catastrophes
naturelles et événements malheureux comme : les inondations à Mapou et Pichon,
les deux aux Gonaïves (2006, 2008), l’émeute de la faim en avril 2008 et
récemment le séisme du 12 janvier, nombreux étaient ceux qui croyaient que
l’Haïtien allait enfin changer cette mentalité tant décriée et jugée néfaste
pour le développement, le progrès et le bonheur d’Haïti.

Quand on parle de mentalité, on veut parler précisément
de « l’Etat d’esprit : façon, habitude de penser, de se représenter la
réalité. L’ensemble des habitudes, des croyances propres à une collectivité et
communes à chacun de ses membres
[1]. » M.
Grawitz
[2] (1999) la définit comme la « façon de juger, de
réagir, propre à un individu, à un groupe. Etat d’esprit aboutissant à des
attitudes et des comportements. La mentalité collective (…) fait intervenir
comme principe d’unité une conscience collective. Ex. : la mentalité bourgeoise

».

Si on prend pour acquis que la mentalité haïtienne tire
son origine dans la société coloniale de Saint-Domingue, on peut relever alors,
entre autres, deux grands traits de comportement caractéristique de cette
période et qui ont encore de grandes influences sur les élites politiques et
économiques d’aujourd’hui d’une part, et sur les classes populaires (paysans et
habitants des quartiers populaires ou des bidons villes) d’autre part. On veut
parler précisément de l’état d’esprit ou la mentalité des colons blancs et de
celui des esclaves noirs de la colonie de Saint-Domingue.

En effet, les colons blancs, propriétaires terriens et
d’esclaves, placé à la tête de l’échelle sociale, étaient considérés comme
supérieur aux mulâtres et aux esclaves. Ils étaient les grands privilégiés du
système colonial de Saint-Domingue
[3]. Leurs principales activités étaient l’exploitation de
leur plantation agricole (sucre surtout) et l’exportation de leur produit vers
la métropole. Ils importaient pratiquement tout ce qui leur étaient utile de la
France. Ils s’appuyaient sur l’armée coloniale pour assurer la protection de
leur vie et de leurs biens. Leurs fortunes étaient majoritairement transférées
vers la France pour de future jouissance, donc ils n’investissaient généralement
pas dans la colonie, sauf au niveau de la plantation. Ainsi, développaient-ils
une mentalité de privilégier, de supériorité et de dédain par rapport aux
autres classes sociales, de dépendance vis à vis de la France, d’irresponsable
socialement et enfin un manque d’engagement et d’attache par rapport à la
colonie.

On trouve qu’il y a une grande similitude dans l’état
d’esprit qui caractérisait les colons blancs et les dirigeants économiques et
politiques de la période post coloniale. Ces derniers ont adopté et reproduit
le modèle des colons blancs pour diriger le pays. Et cette mentalité se
manifeste dans des comportements tels : le mépris des dirigeants par rapport
aux masses populaires, l’absence de politique de sécurité sociale, leur
tendance à l’exploitation, aux abus et au rabaissement des faibles (employés,
domestique, analphabète, paysan, etc.). Ils n’ont généralement pas de plan ni
de programme de développement social et économique pour le pays. La production
doit se tourner essentiellement vers l’extérieur, ils importent quasiment tout
de l’extérieur sans aucune inquiétude pour l’économie nationale, les ressources
minières doivent nécessairement être exploitées par un pays étranger, ils ne
conçoivent à aucun moment qu’elles puissent être exploitées pour développer les
infrastructures nécessaires pour l’avancement du pays, etc. Cette mentalité se
manifeste également dans des proverbes et des expressions créoles comme :

·        Sòt ki bay enbesil ki pa pran

·        Chak koukouy klere pou je ou

·       Zafè poul pa zafè kodenn,

·        Ann al fè travay blan an,

·        Blan hoo, etc.

Les esclaves noirs, considérés comme la catégorie sociale
mineure de la colonie, comparés à des bêtes de somme, biens meubles, des sous
hommes, des n’ayant droits, étaient les plus abusés, méprisés et exploités de Saint-Domingue.
Ils étaient considérés comme inférieurs aux mulâtres et encore plus aux blancs.
Pour contourner l’agression et la rudesse du système, ils développaient
plusieurs types de réaction et de comportement, dont trois en particulier : 1)
la serviabilité, la disponibilité, l’obéissance excessive et des jeux de charme
pour attirer la faveur du maître (esclave à talent) ; 2) la fuite ou le marronnage
pour fuir la plantation et le système colonial quand ils ne pouvaient plus le
supporter et quand sa situation par rapport au maître devenait trop compliquer
et dangereux pour lui, Ils fuyaient ainsi le système et cherchaient à survivre
dans les bois (les marrons) ; 3) enfin le révolté qui est la dernière étape, à ce
niveau il fait table rase au système et va jusqu’aux extrêmes, (koupe tèt boule
kay). Cependant, il ne le fait pas sans l’aide d’un leader, d’un chef qui
canalise leurs émotions et énergies contre ce qu’il lui présente comme la cause
ou le responsable de leurs malheurs. Les traits dominants sont les deux
premiers, le troisième se produit occasionnellement, à des rythmes irréguliers
et le plus souvent sur une durée relativement courte, étant donné que c’est un
cri du cœur, l’émotion est dominante, « tout bèt jennen mòde ».

Il y a également une assez grande ressemblance entre la
mentalité des esclaves et celle des masses populaires (paysans, habitants des
quartiers populaires). Ils se comportent généralement comme s’ils n’avaient
aucun droit, sans l’influence ou la manipulation d’un quelconque leader ils ne
formulent généralement aucune revendication liée à leur besoin propre. Ils ne
réclament rien de l’Etat même quand ils ont de grand besoin, d’ailleurs ils
cherchent constamment à l’éviter ou à le contourner. Ils cherchent toujours à
survivre face à la misère en perpétuelle croissance. « Pito’m lèd menm la
» .

La reproduction et le renouvellement de ces traits de
mentalité se sont fait à partir d’un ensemble de conditions, de mécanismes et
de facteurs socioculturels, dont la famille, les clans, les groupes sociaux,
les sectes, les comtes, les histoires et les proverbes y ont certainement
contribué chacun à leur niveau. Cependant, nous pensons également qu’ils ont
perduré du fait qu’il n’y pas eu encore de disposition prise dans le pays pour
les corriger. Selon nous, l’action qui pourrait rendre possible une telle
correction devrait être : légale, institutionnelle, systématique, durable,
inclusive et généralisée sur tout l’étendue du territoire.

Les vertus de l’éducation

L’éducation, maître-mot dans le discours de nombre de nos
« leaders » politiques et directeurs d’opinion actuels, est souvent présentée
comme le principal élément qui peut sauver Haïti dans l’état déplorable auquel
il se trouve. Nous sommes bien d’accord avec cette allocution, cependant quand
ils insistent uniquement sur le caractère intellectuel, (compétence, technique)
de l’éducation dans le salut d’Haïti nous avons des réserves.

En effet, si l’éducation est l’«action de développer les
facultés morales, physiques et intellectuelles
[4] » d’un individu, en Haïti elle semble
n’avoir pas fait grand-chose sur la moralité des haïtiens, surtout des
dirigeants. C’est ce manque qui rend justement dramatique la situation du pays,
du fait que nous n’avons pas beaucoup de ressources et les peux que nous eussions
ou trouvions en demandant aux autres pays sont continuellement détournées aux
profits des équipes au pouvoir. Et cela ne date pas d’aujourd’hui, c’est une
constante dans l’histoire politique d’Haïti. Ce comportement est pareil chez
l’analphabète fonctionnel qui arrive au pouvoir comme chez l’éminent professeur
d’université avec maitrise et doctorat, sortant des grandes universités du nord
(d’Europe, du Canada et des Etats-Unis). Donc, si malgré toute la qualification
de ces derniers il n’y a pas de différence quand ils sont Chefs d’Etat, Premier
Ministre, Ministre, directeur général, sénateur, député, juge, … Alors, ne
devrait-on pas se pencher maintenant en Haïti sur la façon dont on peut
utiliser et orienter l’éducation pour développer les facultés morales de
l’Haïtien, et corriger certains traits de sa mentalité pour avoir de nouveau
type de dirigeant : Responsable, sérieux, honnête dans la gestion de la chose
publique?

Donc, quand nous avions parlé plus haut des
caractéristiques de l’action qui pourrait aider à corriger les traits néfastes
de nos mentalités, nous faisions allusions justement au système éducatif
national. En effet, ce système répond bien aux critères présentés plus haut. A
savoir, c’est un système légal, institutionnel, durable et systématique,
présent un peu partout en Haïti. Ainsi, ne serait-il pas logique de penser au
système éducatif dans le cadre de la mise en place d’une stratégie pour
modifier/corriger certains accros dans notre mentalité.

Les pratiques de nos dirigeants

Si dans toute expérience humaine, bonne ou mauvaise il y
a toujours des leçons à tirer, alors que devons-nous apprendre des nôtres ?
C’est-à-dire, de la mauvaise gouvernance, la corruption, les magouilles, de
l’insouciance et l’indifférence des dirigeants par rapport aux intérêts de la
nation et au sort du peuple, les traîtrises, ... Mais, surtout comment
transmettre ces leçons à nos enfants de façon utile pour l’avenir ?
C’est-à-dire, dans le sens de créer une cassure, une discontinuité dans le
renouvellement de ces traits de comportement qui sont pour beaucoup dans le
sous-développement du pays.

Plusieurs méthodes pédagogiques peuvent être
expérimentées pour cela, en revanche celle utilisée traditionnellement au
niveau fondamental, basée uniquement sur la mémoire (le par cœur) et non sur la
compréhension est évidemment non appropriée pour cet objectif. Nous aurons
besoin d’une méthode qui pourrait aider l’enfant de huit, neuf, …, au jeune de dix-sept,
dix-huit ans à comprendre le sens de l’action des femmes et des hommes du pays
(des responsables politique, économique et social, les chefs de familles), si
les conséquences de celles-ci sont positives ou négatives. Les conséquences
positives à encourager, féliciter, complimenter, à prendre comme modèle. Celles
qui sont négatives dans le sens des intérêts de la nation et contre le bienêtre
de la population à rejeter, condamner, bannir dans leur façon de se représenter
le monde, donc dans leur idéologie et leur comportement quand ils seront
eux-mêmes chefs de famille ou faisant partie des responsables du pays.

Selon nous, si nous arrivons à mettre sur pied un
institut qui aurait pour tâche de développer des manuels de lecture expliquée,
munis d’illustrations graphiques, basés sur les habitudes, les pratiques, les actions
des hommes d’état ou du simple citoyen, en faisant bien ressortir les
conséquences qui en découlent et ajouter de quelques questions de débat. Si on
arrive à intégrer ces manuels dans le système scolaire haïtien dès les classes
élémentaires jusqu’à la philo en ayant pris soin de respecter l’évolution
pédagogique des manuels suivant les âges. En sortant de l’école après les
quatorze années nous sommes sur qu’au moins 40 à 50% de ces jeunes auront une
mentalité différente et pourront représenter une masse critique qui pourra
faire changer bien des choses dans ce pays. Nous sommes convaincus que le salut
d’Haïti devrait passer nécessairement et d’abord par une transformation de
l’homme haïtien. Et nous devons tout tenter pour y parvenir.

Réalisé par : Johnny ESTOR, Sociologue de formation Membre fondateur du mouvement RENAISSANCE Coordonnateur du Groupe d’Éducation Civique et d’Animation Sociale(GRECIA)

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