Un ‘Problème social’, selon les Sociologues américains Robert King Merton et Robert Nisbet, représente une différence entre les conditions actuelles et les valeurs et normes sociales établies, cette différence est considérée comme corrigible. (https://www.schoolmouv.fr)
La nature
‘sociale’ d’un problème est caractérisée par son aspect collectif puisqu’il
affecte des groupes de personnes et que les solutions pour le résorber
nécessitent des ressources publiques au niveau politique et économique. (https://www.rfd.fse.ulaval.ca)
Le problème
social haïtien date depuis l’affranchissement général des esclaves (1794) et
s’installera durablement après l’indépendance en 1804, à partir des idées de deux
projets socio-économiques opposés, à savoir :
- Continuation
de la grande plantation parce qu’elle était à la base de l’économie florissante
de la colonie de Saint-Domingue et qui faisait qu’on l’appelait la perle des
Antilles. Ce choix socioéconomique nécessite une main-d’œuvre abondante et dans
des conditions de travail proche de l’esclavagisme. Ce projet était appuyé par
les hauts gradés de l’armée et anciens affranchis noirs et mulâtres, les
nouvelles élites économiques et politiques, représentant une minorité de
la population ;
-
La
petite propriété terrienne d’exploitation agricole, l’agriculture de subsistance,
voulue par les nouveaux libres qui, pour eux « Liberté »
signifiait aucune obligation de travailler sur les plantations pour quelqu’un
d’autre. Ils voulaient avoir leur propre propriété et travailler à leur compte.
Face aux codes ruraux, à la volonté des nouveaux dirigeants de leur forcer à
travailler sur les grands domaines, ils continueront le
« marronnage », fuiront dans les mornes éloignés et deviendront les
masses paysannes, la grande majorité (90%) de la population au départ de la
République d’Haïti.
Cette dichotomie
originelle serait à la base de l’émergence d’un pays avec deux sociétés en
parallèle : les urbains (citadins) et les ruraux (les paysans). Les
citadins vont contrôler l’Etat, l’administration publique, écriront les lois en
leur faveur et au détriment des masses rurales. Aussi, verrons-nous que la
quasi-totalité des investissements au développement : écoles, hôpitaux,
les édifices de services publics et privés, les routes, les systèmes d’adduction
d’eau potable, l’électricité etc. seront établis dans les villes ou les zones
avoisinantes. La majorité de la population qui vit dans les zones rurales
éloignées, sera oubliée ou comme punie sévèrement tout au cours de l’histoire
de ce pays pour la différence de leur choix.
Ainsi, le
problème social haïtien se pose-t-il fondamentalement par l’exclusion
sociale qui « se définit par la marginalisation d’une
partie des individus (la majorité de la population dans le cas d’Haïti)
d’une société en raison de différents facteurs et critères sociaux les
différenciants au reste de la population. (Wikipédia)». Ce problème
date bien avant l’émergence du socialisme (1820) et la Révolution Russe de
1917.
Le problème
social dans les pays capitalistes émergera à partir de la révolution
industrielle qui va créer deux catégories sociales nouvelles et
distinctes : les patrons et les ouvriers dans une relation inégale
caractérisée par l’exploitation des ouvriers, ou travailleur par les
patrons, les propriétaires des industries. Ainsi le problème social dans ces
pays est l’exploitation, qui « désigne les
violences qui s’exercent dans les rapports sociaux, particulièrement au
travail (Wikipédia)». Les mouvements sociaux dans ces pays au cours de
l’histoire contemporaine vont permettre d’atténuer le niveau d’exploitation des
travailleurs par :
-
La
réduction des heures de travail ;
-
L’augmentation
des salaires ;
-
Les
congés payés ;
-
Le
code du travail limitant les abus sur les lieux de travail ;
-
L’assurance
santé et de vie ;
-
Le
système de pension ;
-
Le
crédit à la consommation, etc.
Les révolutions
communistes visant à éliminer totalement l’exploitation de l’homme par l’homme
n’ont pas pu se maintenir sur la durée, donc l’équilibre semble s’établir
plutôt dans la diminution, l’atténuation de l’exploitation et non sa
disparition dans les sociétés actuelles.
En revanche, le
problème social haïtien qui est caractérisé par l’exclusion des masses
rurales et urbaines devrait avoir l’intégration sociale comme
solution, « qui est le degré d’appartenance à un groupe social. Un
individus s’intègre en partageant les mêmes valeurs et normes et en poursuivant
les mêmes objectifs que ceux de ce groupe dont il est interdépendant »
Donc, la voie de résolution du problème haïtien n’est pas de même nature que
celle des pays industrialisés, et ne saurait être une menace ou en
contradiction avec le système capitaliste. Cette distinction est, selon nous,
fondamentale pour mieux appréhender la question et pour éviter de nous mettre continuellement
en face de puissants pays capitalistes, comme les Etats-Unis, la France, le
Canada, etc. inutilement quand nous cherchons à sortir de la crise
structurelle, et résoudre nos problèmes.
Aujourd’hui le
problème de l’exclusion sociale en Haïti ne concerne plus uniquement les
familles vivant dans les milieux ruraux, mais également les masses urbaines.
Ces dernières ont considérablement augmenté avec l’exode rural qui a débuté, particulièrement,
au cours des années 1980 à date, à la suite de la crise et la déstabilisation
du monde rural haïtien. Les villes qui représentaient avant la zone d’intégration
sociale par excellence, se sont révélées très limiter à le faire en dehors d’une
volonté politique et un projet de société visant l’urbanisation clairement
défini.
Toutefois, selon
nous, si on devait procéder à l’intégration sociale en Haïti, il serait
nécessaire de le concevoir pour les deux espaces concernés, à savoir : campagne
et Ville.
L’intégration des
populations rurales pourrait se faire par des mesures telles :
-
Accompagnement
technique et financier des producteurs agricoles par des institutions placées à
cette fin ;
-
Construction
et établissement de plus de barrage et de canaux d’irrigation pour mettre l’eau
à leur disposition ;
-
Construction
de routes de pénétrations dans les zones rurales, même éloignées pour
faciliter la commercialisation des produits agricoles et artisanaux ;
-
Construction
d’écoles, de centres de santé à proximité des villages
-
Investir
dans l’électrification et le développement des systèmes d’adduction d’eau
potable, etc.
L’intégration
sociale des masses populaires urbaines nécessiterait, par exemple :
-
Le
réaménagement des espaces urbains ;
-
La
construction de plus d’édifices pour le logement (appartements), le commerce,
les services publics et privés, écoles, hôpitaux, universités, etc.
-
Création
des infrastructures de canalisation, d’évacuation des eaux usagées, de routes,
etc.
-
Plus
d’investissement dans l’électrification des villes, etc.
Dans les deux
cas, tout ceci nécessiterait une administration publique assainie de la corruption,
avec une bonne gestion des fonds publics et un secteur privé qui accepte de se
conformer et payer convenablement leurs taxes. Donc, un divorce aux pratiques
traditionnelles et l’adoption de nouvelles valeurs citoyennes, une autre
vision de la nation, d’un nouveau projet de société.
Jhonny ESTOR
Coordonnateur Général du Mouvement
Renaissance-Haïti

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